Portrait de Business Angel #2 : Laurence Antiglio


Une fois son diplôme d’HEC en poche, Laurence Antiglio est partie faire ses premières armes dans le marketing de grande consommation (Johnson & Johnson, Reckitt Benckiser, Danone). Au début des années 2000, elle s’est attaquée au secteur de la Communication en pleine mutation au sein de l’agence Young & Rubicam, dans laquelle elle a été Directrice du Pôle Communication 360. En 2010, Laurence réalise un pivot : elle se forme à Sciences Po pour devenir administrateur de sociétés certifiée et réalise dans le même temps ses premiers investissements en amorçage. Son quotidien est désormais partagé entre ses deux activités de Business Angel et d’administrateur d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). Elle a rejoint le réseau Paris Business Angels en 2014, où elle siège à présent au Conseil d’administration.

Comment vous est venue l’idée de devenir Business Angel et quelles sont vos attentes ?


Au cours de ma carrière, les fonctions que j’ai occupées ont été très marquées par la nécessité d’innover, de créer et d’anticiper : en termes de produit, mais aussi dans les stratégies et les approches. L’affinité avec l’écosystème startups a donc fortement fait écho en moi. En 2010, j’ai participé pour la première fois au Salon des Entrepreneurs. Suite à ce Salon, je me suis décidée à devenir Business Angel, avec deux objectifs en tête : accompagner les entrepreneurs dans le développement de leur projet, et, il ne faut pas l’oublier, vivre des aventures financières à succès. J’ai fait le choix de rejoindre Paris Business Angels en 2014 pour bénéficier d’un réseau doté d’une force d’investissement importante.


Y a-t-il des synergies entre les activités de Business Angel et d’administrateur de sociétés ?


Oui, beaucoup ! Je dirais que ce sont deux activités très complémentaires. En tant que Business Angel, je suis amenée à intégrer les organes de gouvernance de jeunes entreprises. Bien sûr, les pratiques de gouvernance au sein des startups ne sont pas aussi élaborées que dans les sociétés plus matures, mais ma casquette d’administrateur d’ETI me permet de familiariser les entrepreneurs aux bonnes pratiques, adaptées à la startup. C’est très utile, surtout lorsque la startup est amenée à grossir. Je recommande aux entrepreneurs d’essayer de s’entourer de personnes compétentes, impliquées et suffisamment disponibles. Ensuite, il faut que le Comité aborde petit à petit les différents aspects de sa mission : veiller au financement bien sûr, mais aussi challenger la stratégie et les décisions majeures, analyser les risques, éventuellement réfléchir à la succession d’un dirigeant, s’assurer d’une bonne communication aux actionnaires, etc. Cela passe aussi par l’organisation : la convocation du board, la pertinence et la transparence de l’ordre du jour et des informations données, la rédaction de procès-verbaux fidèles... Ces choses-là peuvent paraître élémentaires mais elles sont très importantes, et tous les entrepreneurs n’en ont pas forcément conscience.


Naturellement, mon rôle n’est pas tout à fait le même lorsque je siège au comité d’une startup en tant qu’investisseur et lorsque je suis administrateur indépendant. Dans le premier cas, je représente en priorité l’intérêt des investisseurs ; dans l’autre, mon prisme est avant tout l’intérêt social de l’entreprise, au-delà de celui des actionnaires ou des entrepreneurs. Mais mon éthique est la même bien sûr, et dans tous les cas mon objectif est de contribuer à aligner les intérêts de toutes les parties.


Quelles sont les qualités que vous recherchez chez un entrepreneur ?


Premièrement, il y a la capacité d’écoute. J’ai besoin de sentir que l’entrepreneur est ouvert aux idées qu’on lui soumet, qu’il est prêt à être challengé. Il est primordial que les entrepreneurs aient des convictions bien sûr, mais lorsqu’un entrepreneur n’a pas envie d’en discuter, c'est pour moi très mauvais signe. Car quand on a des convictions et qu’on est sûr de soi, il n’y a pas de raison d’être dérangé lorsqu’on est challengé. Au contraire : on devrait être content de défendre son opinion, de montrer qu’on a pensé à tous les cas de figure, et de recevoir quelques bonnes idées ou remarques complémentaires qui rendront le plan encore meilleur. Cette gymnastique du dialogue est pour moi indispensable.

Je précise que chaque fois que je dis « entrepreneur », cela désigne à la fois les femmes et les hommes bien sûr !


La compréhension du contrat moral avec les Business Angels est également un point important. Lorsqu’un investisseur prend le risque d’entrer au capital d’une société dès les premiers mois de son existence, il est légitime que l’entrepreneur se préoccupe de sa sortie lors des évènements de liquidité ultérieurs. C’est la base de l’écosystème : les investisseurs historiques doivent pouvoir faire de belles sorties pour compenser les pertes réalisées sur d’autres investissements, et continuer de financer des projets innovants et risqués. Un investisseur en amorçage peut faire le choix d’accompagner une société sur les phases suivantes de son développement, mais il ne faut pas que cela soit une obligation : le chemin qu’on s’engage à faire avec l’entreprise, c’est l’amorçage.


Et pour finir sur les qualités, je dirais que la résilience est un trait de personnalité indispensable. Rebondir sur les difficultés, s’adapter à toutes les circonstances : ce sont des choses qu’un entrepreneur doit savoir faire. Toute la difficulté de l’investissement en amorçage, c’est d’arriver à évaluer ces qualités en très peu de temps, avant d’investir.


Qu’est-ce que vous appréciez le plus chez Paris Business Angels ?

Ce qu’il y a d’intéressant chez PBA, c’est le large panel de compétences sur lequel on peut s’appuyer . Lorsqu’on siège au board d’une startup, voire de plusieurs, on est confronté à des cas de figure très variés, parfois complexes, parfois tendus. Un des avantages à faire partie d’un gros réseau d’investisseurs, c’est de pouvoir échanger nos expériences et nos points de vue d’actionnaires et d’administrateurs, dans un esprit d’entraide amicale. C’est très enrichissant !


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